La traversée de la Chartreuse relie Grenoble à Chambéry sur un itinéraire de moyenne montagne aussi varié qu’exigeant. Je vous présente ici le tracé actuel, les étapes réalistes, le niveau nécessaire, les hébergements, l’équipement et les précautions à prendre dans les secteurs protégés.
Les repères essentiels pour préparer cette itinérance
- 88 km et environ 4 803 m de dénivelé positif entre Grenoble et Chambéry.
- Un parcours conseillé en 5 jours, coté rouge, assez difficile.
- Les étapes les plus exigeantes sont Grenoble-Le Sappey et Saint-Pierre-de-Chartreuse-Saint-Pierre-d’Entremont.
- La randonnée se pratique surtout hors période d’enneigement, selon la météo et l’état des sentiers.
- Les nuits se préparent en gîte ou en hébergement touristique, car les refuges gardés sont absents du massif.

Quel itinéraire suivre pour traverser le massif
Le tracé officiel part de la gare de Grenoble et rejoint Chambéry en cinq journées. Il emprunte successivement le GR®9, le GR® de Pays Tour de Chartreuse et des itinéraires balisés localement. Cette combinaison est importante à comprendre, car une trace GPS ancienne peut encore suivre un parcours modifié.
Le parcours traverse des milieux très différents. On quitte Grenoble par la Bastille et le fort Saint-Eynard, on gagne les forêts et les alpages du cœur de la Chartreuse, puis on rejoint les villages des Entremonts avant de descendre vers la cluse de Chambéry. Pour moi, c’est cette alternance entre crêtes calcaires, forêts, hameaux et paysages pastoraux qui fait la richesse de l’itinérance.
| Étape | Distance | Dénivelé positif | Temps indicatif |
|---|---|---|---|
| Grenoble - Le Sappey-en-Chartreuse | 16,9 km | 1 324 m | 7 h |
| Le Sappey - Saint-Pierre-de-Chartreuse | 20,7 km | 975 m | 7 h 05 |
| Saint-Pierre-de-Chartreuse - Saint-Pierre-d’Entremont | 20,5 km | 1 219 m | 8 h 05 |
| Saint-Pierre-d’Entremont - Le Désert | 9,5 km | 855 m | 4 h 10 |
| Le Désert - Chambéry | 17,9 km | 440 m | 5 h 30 |
Les temps correspondent à de la marche effective, sans compter les pauses, les repas ni les arrêts photo. La troisième journée dépasse 8 heures de marche et demande une bonne endurance, même si l’altitude reste modérée.
À quoi ressemblent les cinq journées de marche
De Grenoble au Sappey-en-Chartreuse
Cette première journée est courte en kilomètres, mais très soutenue dès le départ. La montée depuis Grenoble vers la Bastille, le col de Vence et le fort Saint-Eynard cumule environ 1 324 m de montée. Je conseille de partir tôt, surtout en été, car la chaleur de la vallée rend cette mise en jambes plus pénible qu’elle n’en a l’air.
Du Sappey à Saint-Pierre-de-Chartreuse
L’itinéraire passe par le col de Porte, l’oratoire d’Orgeval et le secteur du Charmant Som. Les alpages offrent de belles vues sur Chamechaude, la Pinéa et, par temps clair, le Mont-Blanc. Le passage des Dalles est signalé comme délicat, ce qui impose de rester attentif si le terrain est humide.
De Saint-Pierre-de-Chartreuse à Saint-Pierre-d’Entremont
C’est généralement la journée la plus complète. Elle monte vers le col de Bellefont, traverse la Réserve naturelle nationale des Hauts de Chartreuse, puis redescend vers le vallon de Marcieu et Saint-Même. Le dénivelé négatif atteint environ 1 562 m, une donnée à ne pas négliger pour les genoux et les pieds.
Des Entremonts au hameau du Désert
Avec 9,5 km, cette étape paraît facile sur le papier. Elle comprend pourtant environ 855 m de montée et se déroule sur des chemins forestiers et historiques, notamment le chemin des Mules. Une halte à Épernay peut permettre de découvrir le Musée de l’Ours des Cavernes ou la coopérative laitière des Entremonts.
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Du Désert à Chambéry
La dernière journée commence par des panoramas sur le Mont Granier et les Hauts de Chartreuse. Après le col du Mollard, une longue descente conduit vers Montagnole, les Charmettes puis la gare de Chambéry. Les 1 365 m de descente rendent les bâtons particulièrement utiles sur cette fin de parcours.
Quelle variante choisir selon son niveau
La version officielle en cinq jours est le meilleur compromis pour profiter du massif sans transformer chaque journée en défi sportif. Elle reste toutefois réservée à des marcheurs capables d’enchaîner 15 à 21 km avec 700 à 1 300 m de dénivelé.
| Format | Pour quel randonneur | Mon avis |
|---|---|---|
| 3 jours | Marcheur entraîné, habitué aux longues étapes | Possible, mais très exigeant avec peu de marge en cas de fatigue |
| 5 jours | Randonneur régulier souhaitant marcher sans courir | Le format le plus équilibré |
| 6 jours | Personne privilégiant les pauses et les visites | À construire avec des variantes ou une autre itinérance |
| GR®9 depuis le lac d’Aiguebelette | Randonneur souhaitant prolonger l’expérience au nord | Parcours distinct, proposé en environ 6 jours |
Il ne faut pas confondre cette traversée linéaire avec le Tour de Chartreuse. Ce dernier forme une boucle d’environ 110 km et 6 120 m de dénivelé positif. Il demande davantage de temps et de logistique, mais évite le sentiment de simplement relier deux gares.
Hébergements, transport et ravitaillement
Le départ et l’arrivée en gare facilitent beaucoup l’organisation. Grenoble et Chambéry sont bien desservies par le train, tandis que Le Sappey-en-Chartreuse, Saint-Pierre-de-Chartreuse, Saint-Pierre-d’Entremont et Le Désert permettent de dormir ou de réorganiser une étape selon les disponibilités.
Les nuits se font principalement en gîtes, chambres d’hôtes, hôtels ou hébergements touristiques. Je réserve plusieurs semaines à l’avance en période estivale, car l’offre est limitée et les jours de fermeture varient selon les établissements. Il ne faut pas compter sur un refuge gardé comme solution de secours.
L’eau mérite une vraie préparation. Le massif est calcaire, les sources peuvent être irrégulières et un point indiqué sur une ancienne trace peut être tari. Je pars avec au moins 1,5 à 2 litres par personne, puis je complète uniquement auprès d’un point fiable, d’un commerce ou d’un hébergeur.
Le bivouac ne se décide pas au dernier moment dans une réserve naturelle. Les règles peuvent varier selon les secteurs protégés, les alpages et les propriétés traversées. Il faut vérifier les conditions locales, rester sur le sentier autorisé et ne jamais installer sa tente dans une prairie occupée par le bétail ou destinée à la fauche.
Les précautions qui font la différence
La Chartreuse n’est pas de la haute montagne glaciaire, mais elle comporte des falaises, des passages exposés, des lapiaz et des descentes glissantes. Le terrain calcaire devient rapidement délicat sous la pluie. Une météo défavorable peut justifier de reporter l’étape ou de choisir une échappatoire par la vallée.
- Chaussures à semelle accrocheuse, déjà rodées avant le départ.
- Bâtons pour les longues descentes et les passages boueux.
- Carte récente, trace GPS et batterie externe, sans dépendre uniquement du téléphone.
- Veste imperméable, couche chaude et protection solaire, même en été.
- Trousse de premiers soins, couverture de survie et sifflet.
- Répartition raisonnable du poids, idéalement autour de 8 à 12 kg avec eau et matériel.
Le balisage change selon les portions. On peut suivre des marques rouges et blanches du GR®, celles du GR® de Pays ou un balisage jaune sur certaines jonctions. Je vérifie toujours les changements de tracé dans un topoguide récent, car une trace téléchargée plusieurs années auparavant peut traverser un secteur désormais interdit.
Dans la Réserve naturelle nationale des Hauts de Chartreuse, il faut rester sur l’itinéraire autorisé, ne rien cueillir et tenir compte de la réglementation affichée. Les chiens ne sont pas admis sur plusieurs secteurs de la traversée, notamment dans la réserve, certaines zones Natura 2000 et la plupart des alpages.
Le bon état d’esprit pour réussir cette itinérance
La réussite ne dépend pas seulement du nombre de kilomètres parcourus à l’entraînement. Elle tient surtout à la capacité de marcher plusieurs jours avec un sac, de ralentir dans les montées et de garder une réserve d’énergie pour les descentes. Une préparation de six à huit semaines avec une sortie vallonnée par semaine me paraît suffisante pour un randonneur déjà actif.
Je préfère réduire une étape plutôt que partir trop ambitieux et subir les trois jours suivants. La traversée gagne à être vécue comme une itinérance en moyenne montagne, avec du temps pour les villages, les paysages et les rencontres, pas comme une course entre deux gares.
Pour préparer le départ, le topoguide FFRandonnée consacré aux Tours et Traversées de Chartreuse, édité avec le Parc naturel régional, complète utilement les cartes et les informations des offices de tourisme. Le tarif indiqué actuellement est d’environ 16,40 €, un investissement modeste au regard de la sécurité et de la précision apportées.
Une fois les hébergements confirmés, les points d’eau vérifiés et la météo consultée juste avant le départ, cet itinéraire offre une première grande expérience d’itinérance alpine particulièrement cohérente. La Chartreuse récompense les marcheurs préparés par une montagne accessible, sauvage par endroits et suffisamment variée pour donner envie d’y revenir.