Une chute sur une dalle mouillée, un orage pris sur une crête ou un simple épuisement peuvent rapidement devenir graves sur le GR20. Les drames survenus en Corse rappellent que cet itinéraire n’est pas une randonnée ordinaire, mais ils ne signifient pas que chaque passage expose fatalement le marcheur. Je fais le point sur les décès connus, les risques réellement déterminants et les décisions qui réduisent concrètement les accidents.
Le GR20 exige surtout de savoir renoncer au bon moment
- Sept randonneurs sont morts le 10 juin 2015 dans le Cirque de la Solitude.
- L’ancien tracé est interdit et le GR20 officiel passe désormais par la pointe des Éboulis.
- Les orages, la fatigue et les chutes représentent des menaces plus fréquentes que le vide lui-même.
- Le réseau téléphonique est irrégulier sur une grande partie du parcours.
- Le 112 est le réflexe prioritaire en cas d’urgence, avec une position précise à transmettre.
Y a-t-il déjà eu des morts sur le GR20
Oui, le GR20 a été marqué par plusieurs accidents mortels, mais il faut éviter les chiffres sensationnalistes. Le drame le mieux documenté reste celui du 10 juin 2015, lorsque sept randonneurs ont perdu la vie dans le Cirque de la Solitude après un violent orage et un glissement de terrain. Trois personnes avaient survécu à la catastrophe.
À la suite de cet accident, le secteur a été débalisé, déséquipé et interdit d’accès. Le tracé officiel a été déplacé vers une variante plus haute passant par la pointe des Éboulis, entre Ascu Stagnu et Tighjettu. La FFRandonnée rappelle que cette variante est plus longue et exigeante, mais davantage adaptée à la marche que l’ancien itinéraire très alpin.
Il n’existe pas, à ma connaissance, de compteur public unique recensant tous les décès sur l’ensemble du GR20 depuis sa création. Les circonstances sont différentes selon les années et les secteurs. Je préfère donc parler de cas documentés plutôt que d’annoncer un total approximatif qui donnerait une fausse impression de précision.
Les dangers qui provoquent réellement les accidents
Le danger du GR20 ne vient pas d’un seul passage spectaculaire. Il naît surtout de l’addition entre terrain technique, météo changeante, fatigue et mauvaise décision. C’est cette combinaison qui transforme une difficulté normale en situation de secours.
| Risque | Pourquoi il est sérieux | Réflexe utile |
|---|---|---|
| Orage | Foudre, pluie brutale, ruissellement et perte d’adhérence sur les dalles | Quitter les crêtes et s’arrêter avant l’arrivée du front orageux |
| Chute | Pierriers, passages exposés, rochers polis et terrain humide | Ralentir, garder trois appuis et ranger les bâtons dans les passages techniques |
| Épuisement | Les étapes longues diminuent la lucidité et la précision des gestes | Partir tôt, boire régulièrement et raccourcir l’étape si le rythme s’effondre |
| Déshydratation | Chaleur, dénivelé et points d’eau parfois espacés | Vérifier les sources et prévoir une réserve suffisante pour l’étape |
| Neige résiduelle | Une pente courte peut devenir glissante et difficile à enrayer | Se renseigner sur l’état du terrain et utiliser l’équipement adapté |
La météo compte plus que la saison inscrite sur le calendrier
Un départ en juillet ou en août ne garantit pas une journée sûre. En montagne corse, un orage peut se former rapidement, alors que la matinée semblait parfaitement stable. La pluie rend les dalles granitiques particulièrement glissantes et réduit la visibilité dans les passages où l’itinéraire demande déjà de la concentration.
Je déconseille de prendre une décision uniquement à partir d’une application météo consultée la veille. Il faut croiser les prévisions avec l’observation du ciel, l’avis des gardiens de refuge et l’état réel du sentier. Une étape commencée dans le brouillard ou sous un vent fort doit pouvoir être interrompue sans discussion.
La fatigue est souvent le risque sous-estimé
Beaucoup de randonneurs évaluent la difficulté en kilomètres, alors que le GR20 se mesure surtout en dénivelé, descentes rocailleuses et heures d’attention. Après plusieurs jours, une cheville se place moins bien, les genoux absorbent moins les chocs et une erreur banale devient possible.
En 2025, le PGHM de Corse a annoncé 150 opérations de secours entre juin et août, toutes activités de montagne confondues. La randonnée pédestre représentait 90 % des interventions rapportées, avec de nombreux cas liés au manque de préparation, à la déshydratation et aux traumatismes. Cela ne signifie pas que 90 % des secours ont eu lieu sur le GR20, mais le chiffre illustre bien le poids de la préparation physique.
Les secteurs qui demandent le plus de vigilance
La partie nord est généralement la plus technique. Cela ne veut pas dire que le sud est sans danger, mais les passages rocheux, les variations de rythme et les sections exposées y sont souvent plus marqués au nord. Le Parc naturel régional de Corse décrit notamment plusieurs étapes comme accidentogènes à cause des éboulis, des dalles et des dénivelés importants.
- Ortu di u Piobbu à Carrozzu comporte des pierriers et des descentes qui sollicitent fortement les chevilles.
- Carrozzu à Ascu Stagnu comprend la passerelle de Spasimata, des pentes raides et un terrain minéral où l’eau potable peut manquer.
- Ascu Stagnu à Tighjettu passe désormais par la pointe des Éboulis. Les chaînes et mains courantes ne suppriment pas le risque, surtout par pluie ou vent.
- Manganu à Petra Piana reste une étape de haute montagne où des névés peuvent persister en début de saison.
- Les crêtes et les brèches deviennent particulièrement délicates en cas d’orage, de brouillard ou de rafales.
Le Cirque de la Solitude mérite une mise au point claire. Il ne s’agit pas d’une variante aventureuse à tester pour le plaisir, mais d’un ancien tracé interdit. Les vidéos et cartes anciennes qui le présentent comme un passage officiel sont trompeuses. Suivre les traces visibles ou les cairns ne donne pas le droit d’entrer dans une zone fermée.
Comment réduire le risque avant et pendant la traversée
La sécurité commence plusieurs semaines avant le départ. Je conseille de préparer le corps avec des sorties comportant du dénivelé, des descentes longues et un sac chargé progressivement. Une bonne condition cardiovasculaire ne suffit pas, car les chevilles, les quadriceps et les genoux doivent aussi supporter un terrain irrégulier pendant plusieurs jours.
Préparer une marge plutôt qu’un exploit
- Prévoir des étapes réalistes, sans programmer systématiquement des journées doublées.
- Conserver une marge de temps pour un départ retardé, une blessure légère ou une dégradation météo.
- Tester les chaussures, le sac et les vêtements avant la traversée.
- Emporter une couverture de survie, une trousse de secours, une lampe frontale et un vêtement chaud.
- Prévoir une solution de repli vers une route, un refuge ou une vallée.
Le poids du sac mérite une attention particulière. Il ne faut pas sacrifier la veste imperméable ou l’eau pour gagner quelques centaines de grammes, mais il est inutile de transporter du matériel que l’on ne sait pas utiliser. Un sac raisonnable et bien réglé améliore l’équilibre dans les descentes et retarde la fatigue.
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Savoir faire demi-tour
Les signaux d’alerte sont simples à reconnaître. Une douleur qui modifie la marche, des vertiges, des frissons, des crampes répétées ou un groupe qui se disperse indiquent qu’il faut ralentir ou interrompre l’étape. Continuer pour respecter un programme est rarement une bonne raison de prendre un risque supplémentaire.
Je recommande aussi de transmettre chaque jour l’itinéraire prévu à une personne extérieure au groupe. Elle doit connaître le refuge de départ, la destination, l’horaire approximatif d’arrivée et la conduite à tenir si vous ne donnez plus de nouvelles. Cette précaution ne remplace pas les secours, mais elle facilite l’alerte.
Que faire en cas d’accident ou de malaise
La première priorité consiste à protéger le groupe et la victime. Éloignez-vous d’une zone exposée aux chutes de pierres, au bord du vide ou à la foudre si cela est possible sans aggraver la situation. Couvrez la personne, limitez ses mouvements en cas de traumatisme et ne la laissez pas seule.
Appelez le 112 en priorité. Le 18 et le 17 peuvent également être utilisés selon la situation. Le Parc naturel régional de Corse indique aussi le numéro du PGHM de Corse, 04 95 24 24 00, pour les situations très sérieuses ou lorsque les autres organismes sont impossibles à joindre.
Lors de l’appel, donnez la position la plus précise possible, le nombre de personnes concernées, l’état de la victime, les risques environnants et la couleur des vêtements ou du sac. Une application de position, une carte papier et les coordonnées d’un refuge peuvent faire gagner un temps précieux.
Le réseau téléphonique reste irrégulier sur le parcours. Il ne faut donc pas attendre d’être complètement isolé pour donner l’alerte. Si l’appel ne passe pas, déplacez-vous uniquement si la situation le permet, cherchez un point dégagé et demandez à un autre groupe de relayer l’information.
À qui le GR20 convient vraiment
Le GR20 peut convenir à un randonneur qui n’a jamais parcouru cet itinéraire, mais pas à quelqu’un qui découvre la montagne avec lui. Il faut être capable de marcher plusieurs heures sur terrain accidenté, de franchir des passages où l’on utilise les mains et de rester lucide après une longue descente.
| Votre situation | Décision raisonnable |
|---|---|
| Bonne endurance, expérience du terrain rocheux et autonomie | Traversée possible avec préparation et suivi météo sérieux |
| Bonne forme mais peu d’expérience en montagne | Commencer par une portion et envisager un accompagnement professionnel |
| Douleurs persistantes, vertige ou faible expérience du dénivelé | Choisir un itinéraire moins engagé avant de se lancer |
| Neige, orages ou fermeture annoncée | Reporter ou modifier le parcours, même si le voyage est déjà organisé |
Faire appel à un accompagnateur n’est pas un aveu de faiblesse. C’est souvent la meilleure solution pour ajuster l’allure, interpréter la météo et éviter les erreurs d’itinéraire. En revanche, aucun professionnel ne peut rendre une montagne dangereuse totalement inoffensive.
La bonne décision se prend souvent avant le premier refuge
Les décès associés au GR20 ne doivent ni être minimisés ni utilisés pour dramatiser chaque randonnée. Le principal enseignement du drame de 2015 est que la montagne impose ses limites, même sur un itinéraire balisé et fréquenté.
Avant de partir, vérifiez les fermetures officielles, l’état des névés, la météo et les points d’eau. Une traversée réussie n’est pas celle où l’on force jusqu’au bout, mais celle où l’on sait modifier son programme avant que la situation ne devienne urgente.