Une randonnée vers les Eaux Tortes du Laverq ne mène pas à un simple lac d’altitude, mais à une zone humide remarquable où les ruisseaux se divisent, serpentent entre les herbes et alimentent une ancienne tourbière. Je présente ici l’itinéraire depuis Méolans-Revel, ses caractéristiques réelles, les paysages rencontrés, le matériel à prévoir et les précautions indispensables pour marcher dans ce secteur isolé de l’Ubaye.
Les repères essentiels avant de monter vers la zone humide
- Départ : parking Audemard, près de l’abbaye du Laverq, à Méolans-Revel.
- Format : boucle de 18,4 km avec environ 705 m de dénivelé positif.
- Durée : comptez autour de 6 h 30, pauses comprises selon votre rythme.
- Difficulté : randonnée difficile, réservée aux marcheurs habitués aux longues sorties en montagne.
- Point culminant : environ 2 275 m, avec une zone humide située vers 2 250 m.
- Précaution majeure : certains passages peuvent être boueux, glissants ou traversés par de petits ruisseaux.

Un site humide d’altitude plutôt qu’un lac classique
Le nom peut prêter à confusion. Sur place, on découvre surtout un marais d’altitude parcouru de chenaux, avec une petite étendue d’eau et de nombreux filets qui se croisent dans le replat. La fiche de Rando Alpes de Haute-Provence décrit une zone humide riche, installée sous les sommets du massif des Trois-Évêchés.
Cette configuration explique l’intérêt du lieu. L’eau ne forme pas un grand miroir uniforme comme au lac d’Allos. Elle s’étale, disparaît parfois sous les herbes, réapparaît plus loin et donne au paysage un aspect presque nordique. En été, la tourbière peut aussi s’assécher partiellement, ce qui modifie beaucoup l’impression laissée par la randonnée.
J’apprécie particulièrement ce type de paysage parce qu’il oblige à ralentir. Les sommets attirent naturellement le regard, notamment la Tête de l’Estrop et ses 2 969 m, mais la richesse du site se trouve à hauteur de pas. La linaigrette à feuilles étroites, la grenouille rousse et plusieurs insectes liés aux milieux humides y trouvent des conditions favorables.
Le parcours depuis le parking Audemard
L’itinéraire officiel part du parking Audemard, à environ 1 580 m, sur la commune de Méolans-Revel. Depuis Barcelonnette, il faut rejoindre la D900 en direction du Lauzet-Ubaye, prendre l’embranchement du Martinet, puis suivre les indications vers les Clarionds et l’abbaye du Laverq.
| Repère | Altitude approximative | Ce que l’on y trouve |
|---|---|---|
| Parking Audemard | 1 580 m | Départ et retour de la boucle |
| Plan Bas | 1 820 m | Maison forestière et changement progressif de terrain |
| La pépinière | 1 870 m | Début du sentier PR vers les alpages |
| La Lambresc | 2 190 m | Traversée panoramique et petits ruisseaux |
| Zone des Eaux Tortes | 2 250 à 2 255 m | Tourbière, panneaux d’interprétation et sentier de ronde |
| Pied des Dalles | 2 270 m | Vue sur l’Estrop et les dalles de grès |
Le début se fait tranquillement en suivant le GR6 le long de la Blanche du Laverq. Après Plan Bas, le sentier s’élève par la forêt, puis débouche dans les alpages. La pente devient plus soutenue jusqu’à La Lambresc, avant une traversée ponctuée de ruisseaux et de passages humides.
À l’arrivée, un sentier aménagé permet de contourner la zone fragile sans marcher directement dans la tourbière. La boucle continue vers le Pied des Dalles, longe des formations de grès aux teintes étonnantes, passe près de la cabane de la Séléta, puis redescend en forêt de mélèzes jusqu’à l’itinéraire de départ.
Une randonnée exigeante malgré l’absence de difficulté technique majeure
La randonnée est annoncée comme difficile, avec 18,4 km et 705 m de dénivelé positif pour environ 6 h 30. Ce classement ne signifie pas qu’il faut grimper ou utiliser du matériel d’alpinisme. La difficulté vient surtout de la longueur, de l’altitude, de l’isolement et de la succession des montées et descentes.
Je déconseille ce parcours à une famille venue chercher une promenade facile autour d’un point d’eau. Les enfants sportifs peuvent apprécier l’itinéraire, mais il faut qu’ils soient capables de marcher plusieurs heures sur terrain irrégulier. Pour une première sortie en altitude, une boucle plus courte sera généralement un choix plus raisonnable.
Les passages qui demandent le plus d’attention
Les traversées de petits cours d’eau sont rarement impressionnantes, mais elles deviennent délicates après la pluie ou pendant la fonte des neiges. Les rochers mouillés et les portions boueuses peuvent faire perdre l’équilibre, surtout à la descente. Des chaussures à semelle accrocheuse et des bâtons apportent une aide réelle.
La météo joue aussi un rôle important. Un itinéraire agréable par temps stable peut devenir pénible sous un orage, avec une visibilité réduite et des sols plus glissants. Je préfère partir tôt, conserver une marge d’au moins une heure et renoncer à la boucle si le terrain ou la météo ne correspondent plus au niveau du groupe.
Quand partir et comment préparer son sac
La période la plus confortable se situe en général pendant l’été et le début de l’automne, lorsque la neige a suffisamment reculé. À plus de 2 000 m, cette règle reste dépendante de l’année, de l’exposition et des conditions récentes. Avant de partir, il faut vérifier l’état de la route d’accès, la praticabilité du sentier et les éventuelles restrictions auprès de l’office de tourisme local.
Je prévois au minimum une journée complète pour cette boucle. Dans mon sac, je recommande une réserve d’eau de 1,5 à 2 litres par personne, davantage par forte chaleur, ainsi qu’un repas consistant et une collation énergétique. Les ruisseaux ne doivent pas être considérés automatiquement comme des points d’eau potable.
- chaussures de randonnée déjà faites au pied ;
- veste imperméable et couche chaude, même en plein été ;
- bâtons pour les descentes et les sols instables ;
- carte, trace hors ligne ou itinéraire imprimé ;
- trousse de premiers secours, couverture de survie et téléphone chargé ;
- protection solaire, lunettes et couvre-chef.
Le réseau peut être irrégulier dans la vallée et disparaître complètement dans les secteurs encaissés. Je préviens toujours quelqu’un de mon heure de retour prévue et je ne m’appuie pas uniquement sur une application. Une trace GPS est utile, mais elle ne remplace ni le balisage GR6 et PR ni le jugement sur le terrain.
Respecter une tourbière qui paraît pourtant résistante
La zone humide possède un sentier de ronde créé pour éviter le piétinement. Il faut rester sur cet aménagement, même lorsque le sol semble sec ou que l’on aperçoit une meilleure perspective pour une photographie. Une tourbière se reconstitue très lentement et les plantes qui y vivent supportent mal les passages répétés.
Les panneaux placés aux deux extrémités du site permettent de comprendre son fonctionnement sans s’approcher inutilement des secteurs les plus fragiles. Je conseille de prendre le temps de les lire. Ils donnent davantage de sens au paysage que la simple recherche d’un point de vue spectaculaire.
Les chiens, les drones, la cueillette et les écarts hors sentier peuvent être soumis à des règles particulières selon le statut de protection et les secteurs traversés. Il faut donc se renseigner localement avant la sortie et respecter les consignes affichées. En présence de troupeaux ou de faune sauvage, la bonne distance reste la meilleure sécurité pour tout le monde.
Ce que cette boucle apporte vraiment au randonneur
Cette sortie vaut le déplacement pour sa variété. On commence près d’un torrent, on traverse une forêt de mélèzes, on gagne les alpages, puis on atteint une zone humide ouverte sur les sommets. Peu de randonnées proposent une transition aussi nette entre milieux forestiers, prairies d’altitude et tourbière.
Je la recommande aux randonneurs qui aiment comprendre un paysage autant que le photographier. Elle demande une bonne condition physique, mais elle offre en retour une découverte complète de la vallée du Laverq, avec un itinéraire balisé, des repères clairs et un site naturel dont la fragilité mérite une approche attentive.
Le meilleur réflexe consiste à consulter les conditions locales la veille, à partir avec une vraie marge de temps et à accepter de modifier le parcours si la neige, l’eau ou les orages compliquent la montée. Dans ce secteur de montagne, la réussite ne se mesure pas seulement au fait d’atteindre la zone humide, mais aussi à la capacité de revenir sereinement en laissant le lieu intact.